Pourquoi je fais du DevRel et pourquoi je compte continuer

2026-07-05 par Horacio Gonzalez

Pourquoi je fais du DevRel et pourquoi je compte continuer

Thierry s'est demandé, publiquement, si le métier de DevRel était encore une bonne situation. Je me pose la même question, par intermittence, depuis 2018.

J'ai lu aussi le billet de Salma Alam-Naylor, celui où elle annonce qu'elle quitte le DevRel et la vie publique, pour de bon, probablement. Le burnout, les conséquences physiques, le fait de devoir justifier son travail sans arrêt, l'IA qui tue en silence les canaux de découverte qui amenaient autrefois les gens vers ce qu'on produit. J'ai vécu la plupart de ces choses moi-même. Ce texte n'est pas écrit depuis une position confortable et distante.

Où j'en suis aujourd'hui

Je travaille chez Clever Cloud, une entreprise qui comprend à quoi sert le DevRel. Je n'ai pas à justifier mon existence chaque trimestre. Personne ne me demande de transformer une conférence en nombre de leads. Ce qui me brûlait autrefois ne fait plus partie de mon quotidien.

C'est un privilège, pas une leçon de vie. Cela ne règle pas les problèmes structurels que Thierry et Salma décrivent. Aimer son métier ne suffit pas à faire comprendre son utilité à une entreprise qui ne veut pas la voir.

Avant que ça ait un nom

Avant que le DevRel existe comme intitulé de poste, je travaillais dans une startup sur Warp 10, une base de données temporelles que presque personne ne connaissait. Je donnais des conférences à ce sujet quand même, bénévolement, parce que j'en avais envie, en plus d'organiser des meetups et d'animer des événements communautaires sur mon temps libre, sans que personne me le demande.

Quand le DevRel est enfin devenu un poste rémunéré, ce n'était pas une nouvelle activité que je découvrais. C'était le moyen que j'avais trouvé pour être payé pour faire ce que je faisais déjà.

Ce qui me pousse vraiment

Je fais ce métier parce que j'aime partager. J'aime ce moment où quelque chose s'allume dans le regard de quelqu'un pendant que je parle. Raconter des histoires me tient à cœur, tout comme ces conversations avec des développeurs et des communautés, une après l'autre.

Rien de tout cela n'a jamais figuré dans un KPI. C'est justement pour cette raison que je pense que ça survit à ce qui touche le métier aujourd'hui : l'IA qui dévore les anciens canaux de découverte, le besoin permanent de justifier son rôle, la question de savoir s'il faut se réorienter.

Les moteurs de recherche sont moins utiles qu'avant, les communautés se sont éparpillées, et le contenu se noie sous un flot d'autres contenus, écrits en quelques secondes par quelque chose qui n'a jamais senti une salle se taire au bon moment. Tout cela est réel et bouscule le métier tel qu'on l'a construit. Mais ce qui est bousculé, c'est l'emballage : la diffusion, les indicateurs qu'on a greffés sur le DevRel pour satisfaire la finance. Pas la chose elle-même. Aucun algorithme ne produit l'étincelle dans le regard de quelqu'un, ni ne peut la lui reprendre.

Alors

Je ne sais pas si le DevRel survit partout comme titre officiel. Beaucoup d'entreprises vont continuer à le supprimer, parce qu'elles n'ont jamais compris ce que ça leur apportait. C'est une vraie perte.

Mais je faisais déjà ce métier avant qu'il ait un nom, et je continuerai sans doute sous une forme ou une autre, même si ce nom disparaît à nouveau. Pas parce que je suis à l'abri du burnout. Parce qu'au fond, ça n'a jamais vraiment été une question d'étiquette.

J'écris ce texte en route vers Nice, pour Riviera Dev, où Thierry sera aussi. Une partie de moi préfère laisser la suite de cette discussion pour une bière avec lui là-bas plutôt que pour un article de blog. C'est aussi ça, pour moi, le DevRel.